Accompagnant Éducatif et Social : Prendre soin de soi pour prendre soin des autres

AES : prendre soin de soi pour prendre soin des autres

Aujourd’hui, nous allons parler de la question de l’intérieur psychique et du bien-être du soignant.
Tout d’abord, pour ce faire, il faut rappeler que le métier de soignant est complexe au niveau émotionnel, et requiert donc une certaine maturité. En effet, le soignant est confronté à plusieurs types de liens affectifs dans sa profession.

 
En plus de la difficulté physique du travail pratique (la toilette, les transferts et les tâches liées à l’hygiène), l’AES doit en effet apprendre à gérer ses émotions et son stress avec plusieurs types de protagonistes :

  • Les résidents qu’il prend en charge
  • Ses collègues de travail
  • Sa hiérarchie
  • La famille des résidents
  • Ses propres émotions

 
Ainsi, le soignant subit et agit sur cinq pôles relationnels et affectifs. Il est essentiel que le soignant puisse prendre conscience de ces liens et des enjeux qu’ils impliquent pour lui et pour les autres.

Notons que ces axes sont allégés dans le cadre du travail à domicile mais il n’en reste pas moins vrai qu’un soignant travaillant à domicile est le plus souvent seul et ne peut bénéficier du soutien de ses collègues. Gérer émotionnellement les liens avec ses collègues implique aussi le bénéfice d’être accueilli et porté par leur présence et leur professionnalisme. Tout dépend à ce moment-là de la qualité de l’équipe avec laquelle on travaille.

 

Le contre-transfert dans le travail de l’Accompagnant Éducatif et Social

Dans le jargon psychanalytique, nous parlons du contre-transfert, qui désigne toutes les émotions positives et négatives inconscientes découlant des échanges relationnels avec les autres. En effet, les autres sont des miroirs de nous-même : les côtoyer nous renvoient à notre intérieur.

 
Par exemple, en ce qui concerne la personne handicapée, elle peut résonner en nous comme une épreuve de la différence, du regard des autres, de la souffrance, voire même le questionnement d’avoir nous-mêmes des enfants porteurs d’un handicap.
« Quand je travaille avec des personnes handicapées, ça me fait réfléchir pour mes enfants. J’ai peur qu’eux aussi, ils aient un handicap. » Mme O., AES en MAS (maison d’accueil spécialisée)

 
Les résidents dans le dernier âge appellent à penser à la fin de vie et à l’acceptation des notions de mort et de perte identitaire. Le soignant doit donc accepter cette réalité et se protéger affectivement.

Prenons l’exemple de Mme X., soignante qui doit réaliser la toilette mortuaire de Mme A., une résidente âgée de son étage. Mme X. a tissé des liens affectifs avec cette dame car tous les matins, elle lui servait son petit déjeuner, réalisait sa toilette et prenait un temps pour discuter avec elle ; ceci pendant cinq ans. Une complicité s’est créée entre la soignante et la résidente.

 
Il est important dans ce cas-là que la soignante puisse parler de ce qu’elle ressent à un professionnel, car il s’agit tout de même de gérer les notions de mort et d’attachement. Malheureusement, les soignants sont souvent trop peu conscients de cette réalité psychique et pensent pouvoir le dépasser sans suivi :
– « Je suis forte. Je garde tout pour moi et je passe à autre chose » Mme Y, aide-soignante
– « Je n’ai pas le temps. Je dois m’occuper de ma famille. » Mme K, soignante en institution
– « Je ne m’étais jamais posée la question. » Mme U, stagiaire AES
– « Je pleure tous les jours dans la douche et après ça va mieux. » Mme I, soignante à domicile

 

Analyser sa pratique professionnelle en tant qu’AES

Face à ces épreuves, il est essentiel que le soignant puisse s’armer efficacement avec des outils thérapeutiques prenant en charge la douleur. Bien heureusement, il existe un large panel de pratiques. Citons-en quelques-unes :

  • Les analyses de pratique ;
  • Le suivi thérapeutique avec un professionnel de la psychologie dans l’institution ou à l’extérieur (je recommande de le faire à l’extérieur) ;
  • La gestion du stress par des moyens parapsychologiques : la relaxation, la méditation en pleine conscience, le yoga, les huiles essentielles, les plantes thérapeutiques (médicinales)

 
Certaines institutions proposent des analyses de pratiques. Elles sont généralement réalisées une fois tous les quinze jours par un psychologue extérieur à l’institution, et consistent à écouter les soignants réunis en groupe puis à analyser leur pratique professionnelle. Des conseils et des analyses thérapeutiques sont proposés aux professionnels.
Ayant déjà plusieurs années d’expérience dans ce domaine, je peux vous certifier que ces moments d’échange par la parole constituent une réelle libération pour le soignant. C’est en effet extrêmement bénéfique.
Dans notre jargon, on appelle cela la « catharsis » :
– « Ça me fait vraiment du bien. Je ne pensais pas que ça me ferait du bien comme ça. » Mme R., aide-soignante en institution
– « Je ne savais pas que j’avais mal comme ça à l’intérieur. » Mme F., soignante à domicile

 
Prendre soin de soi pour prendre soin des autres : cela signifie que si le soignant ne prend pas soin de lui en apprenant à gérer ses affects, du mal-être, de la fatigue et de la nervosité pourront apparaître. Il se mettra en danger et pourra en découler une décompensation, à savoir qu’il risquera de ne plus pouvoir être apte à exercer son métier par épuisement professionnel. On appelle cela le « burn-out », et on en entend parler très régulièrement dans les médias !

Entre temps, toutes ces épreuves impliqueront de l’impatience et de la nervosité, et cela aura un impact sur les personnes fragilisées et dépendantes dont il s’occupe. Cela ouvre bien-sûr les portes de la maltraitance par des mauvais comportements abusifs d’impatience, mais aussi de la mise en danger par baisse de la vigilance. Il est ainsi impératif que le soignant prenne conscience des enjeux de son métier et soit suivi par un analyste de pratique au moins une fois tous les 15 jours ou/et de la gestion du stress.

Le salarié a des droits et des avantages remboursés et même rémunérés lui permettant de prendre soin de lui afin de mieux prendre soin des autres.

 
« Le moi devant l’autre est infiniment responsable. », Emmanuel Levinas

 
 

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