Le travail d’une infirmière en EHPAD : l’importance de la communication professionnelle

EHPAD : Établissement d’Hébergement pour Personnes Âgées Dépendantes. Ces cinq lettres impliquent depuis 2001 une accréditation permettant de passer d’une maison de retraite au statut d’établissement médicalisé. C’est l’État, via des organismes spécialisés, qui délivre ce statut.

L’ARS (Agence Régionale de Santé) alloue aux EHPAD et aux USLD (Unités de Soins de Longue Durée) une enveloppe de fonctionnement dont le montant est établi en fonction des GIR des résidents et du PATHOS de l’établissement (voir plus loin).

Cette autorisation et ce financement doivent être confirmés et complétés par une convention tripartite, signée entre le Conseil Général, l’ARS et l’établissement pour une durée de 5 ans renouvelables, fixant le cahier des charges de l’EHPAD concerné et impliquant un contrôle régulier.

 

L’EHPAD : un lieu de soin à part entière

Dans l’article qui suit nous présenterons les aspects complémentaires de la vie et du travail de l’infirmière en EHPAD, qu’ils soient relationnels (liens avec le résident, l’équipe soignante, les médecins), factuels ou techniques. Tentant d’appréhender de cette manière la réalité concrète mais aussi approfondie afin de mettre en valeur les diverses qualités nécessaires, allant du professionnalisme à l’empathie, de ce type de mission.

Contrairement à une structure hospitalière, les EHPAD sont non seulement de véritables lieux de vie choisis par une famille et/ou mieux par le résident, mais aussi des lieux de soins à part entière. Le travail de l’infirmière reflètera donc ces deux dimensions, auxquelles s’ajoute le souci du respect et de l’autonomie des personnes selon « la charte des droits et libertés de la personne âgée dépendante ».

Pour plus de détails, voici un lien vers le site du Ministère des Solidarités et de la Santé portant sur la Charte des droits et libertés de la personne âgée dépendante.

 
 
Un investissement personnel et professionnel lié aux compétences de l’infirmière lui permettront d’adapter son accompagnement à chacun. Des outils tels que le « Projet de vie », aussi appelé « Projet Personnalisé », réalisé avec le résident, sa famille et l’équipe soignante, est un soutien concret dans cette recherche d’une réponse juste aux besoins, aux attentes et au bien-être de la personne. Ce projet devant être réévalué régulièrement pendant le séjour du résident.

Vous souhaitez approfondir la question ? Voici une étude approfondie (59 pages !) de l’ANESM sur le Projet Personnalisé en EHPAD.

 
 
L’infirmière en EHPAD arrive le matin (aucune législation ne précise aujourd’hui l’obligation de sa présence la nuit dans ces établissements), dans une maison où vivent nombre de résidents ayant leurs particularités, leur autonomie, leur(s) pathologie(s), leur dépendance, … Et elle s’occupe de l’amélioration de leur confort, du maintien de leurs capacités, de leur suivi médical. Tout ceci en favorisant le plus possible une relation adaptée et de confiance avec tous.
Les personnes accueillies ont généralement, en plus de certaines pathologies dues au vieillissement, un niveau de dépendance relativement important.

  • Le modèle PATHOS évalue les niveaux et les types de soins nécessaires pour la prise en charge des pathologies des résidents de l’établissement : cette évaluation, portée en points, permet de mesurer le type et le nombre de professionnels de santé nécessaires dans l’établissement ;
  • Le GIR (Groupe Iso-Ressources) détermine quant à lui le niveau de dépendance pour chaque résident, selon ses capacités physiques et mentales, noté de 6 à 1, 1 étant l’état le plus dépendant.

On constate aujourd’hui que la prise en charge se spécialise vers un accompagnement à la fin de vie pour de plus en plus de personnes, tout en respectant leurs dernières volontés. Celles-ci sont consignées dans un document appelé « les directives anticipées », contenu dans le dossier médical.

Pour en savoir plus, voici un lien (Ministère des Solidarités et de la Santé) vers un guide de rédaction des directives anticipées.

 
 
L’équipe soignante (composée des infirmières, aides-soignantes, médecin, kiné), et agrandie en équipe pluridisciplinaire (avec des assistantes de vie, le psychologue, la psychomotricienne, l’ergothérapeute, l’animateur, le coiffeur, le pédicure …) accompagne les résidents.
Le travail de chacun ne peut porter ses fruits que si tous nous avons le même souci de recherche du bien-être d’autrui, et le respect de la personne âgée. Pour cela le professionnalisme, mais aussi l’entente voire l’entraide entre tous est parfois nécessaire. A nous de les rechercher et de les entretenir au quotidien dans les lieux de vie ou lors des transmissions …

 

Le rôle de l’infirmière en EHPAD

Dans le rôle que remplit l’infirmière en EHPAD arrive en premier lieu le suivi de l’état de santé du résident, mais aussi la mise à jour de son dossier médical avec l’organisation des visites des médecins, qu’ils soient spécialistes en ville ou médecin traitant se déplaçant dans l’établissement.

 
Pour Chaque personne âgée, à son entrée dans l’établissement, a été établie une planification de soins spécifique qui découle de sa pathologie. Ce « projet de soin » est initialisé, et réactualisé au cours du temps, avec l’aide du médecin coordonnateur rattaché à l’EHPAD et de l’infirmière coordinatrice, pour une bonne organisation des actions de tous.

Une infirmière connait ses résidents et est à ce titre capable de prendre en charge un grand nombre de personnes. Il n’y a pas cependant de quota officiel.
Alors qu’une partie de l’équipe soignante assure les soins d’hygiène quotidienne, l’infirmière surveille que les thérapeutiques soient adaptées au patient et seule ou avec l’équipe soignante, et réévalue ou alerte si nécessaire et selon les protocoles. Toute forme de transmission (bip, écrite, orale…) dans l’équipe est alors un support utile et indispensable d’information ; mais il ne faut jamais oublier que chaque remarque ou décision doit être notée dans le support approprié (logiciel des soins : TITAN, NETSOIN, PSI…).

Parfois seule pour ses décisions (et particulièrement le week-end dans les structures peu importantes), elle apprend vite à reconnaitre l’urgence et à répondre par les bonnes initiatives.

 
Nous pourrions dire que le travail a des aspects routiniers, mais il est aussi sans cesse à réactualiser, pour ne pas sortir des sentiers de la bientraitance. Notre organisation en EHPAD est soumise « aux imprévus » journaliers qui nous demandent anticipation, organisation, réactivité et maitrise de soi.

Exemple 1 : Monsieur Y reçoit un antalgique de pallier III sous forme de patch toutes les 72 heures pour soulager ses douleurs ; il est impensable de ne pas avoir ce précieux remède dans la pharmacie et ceci malgré l’ordonnance mensuelle sécurisée non renouvelable ; même en période de fête ou de congés afin que nous, ou notre collègue, puissions disposer du patch qui soulagera monsieur Y en temps et heure…

Exemple 2 : Mademoiselle Z vient d’être retrouvée au pied de son lit à la suite d’une chute. Vous arrivez avec le pansement adéquat car cette résidente est sous anticoagulant et vous observez les signes cliniques qui détermineront s’il faut qu’elle parte en urgence à l’hôpital… Vous avez appris pour cela la conduite à tenir.

 

Les missions les plus fréquentes de l’infirmière en EHPAD

Infirmière en EHPAD n’est pas de tout repos ! La journée débute et se termine toujours par les transmissions, et l’évaluation des urgences si nécessaire. Suivent :

  • la surveillance quotidienne des personnes atteintes de diabète et les diverses injections : insulines, antibiotiques, anticoagulants ; prises de sang… ;
  • Vient la distribution des médicaments (matin, midi et soir) et des traitements particuliers complémentaires (antalgiques, anticoagulants oraux, antiparkinsoniens, collyres, crèmes, patch…), poses et suivis de perfusions sous cutanées, des protocoles. Réfection des Pansements et leur réévaluation. Prises des constantes et recueil des données cliniques ;
  • La gestion des risques est importante au quotidien : fausses routes, risques infectieux, de déshydratation, circuit du médicament… ;
  • La mise en place des protocoles, par exemple en cas de décès ;
  • Les réponses aux appels téléphoniques : des soignants, médicaux, familiaux…Appels vers l’extérieur, prise de rendez-vous, commandes des ambulances ou des transports adaptés ;
  • Commandes à la pharmacie en ville, gestion de stock, réapprovisionnement, location de matériel spécifique pour le confort d’un résident (matelas anti-escarre, aérosols nébuliseurs, concentrateurs d’oxygène…,) ;
  • Suivi des dossiers, des examens labo ;
  • Signatures pour l’administration des traitements et des soins sur logiciel, transmissions ;
  • Encadrement des stagiaires

Certaines actions seront partagées avec l’IDEC, Infirmière Coordinatrice, selon l’importance de l’établissement.

 

L’importance de la communication et de la transmission dans la formation des professionnels

Un EHPAD abrite des personnes en perte d’autonomie qui recherchent un confort et une sécurité, n’étant plus aptes, du fait de leurs fragilités, à appréhender des situations complexes, ceci dans un encadrement médical sérieux. Aussi la mission de l’infirmière est-elle de répondre à ces deux axes avec professionnalisme et discernement, toujours à actualiser. Elle doit être attentive pour elle-même et pour l’équipe qui lui est confiée à conserver l’intérêt et la disponibilité dans son travail. Nous ne sommes pas à la fin des restructurations de ce type d’établissement d’accueil qui nous laissent envisager un rôle sans doute toujours plus important de l’infirmière et de l’équipe soignante, et donc un rôle toujours accru de la communication et de la transmission au sein de l’équipe pluridisciplinaire.

Agnès, auteur de l’article, intervient chez nous en formation DEAES et en parcours de prépa concours, ainsi que plusieurs professionnels travaillant en structure. Cela permet de faire le meilleur pont possible entre la pratique et ce qui est enseigné en formation.

 
 

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